Que ressent-on vraiment quand on devient maman ? Le témoignage de France, sage-femme
Que ressent-on quand on devient maman ? C’est une question que toutes les futures mères se posent (souvent en pleine nuit, entre deux recherches Google sur “couches bio” et “sommeil du nourrisson”). Oui, c’est un tsunami. Un bouleversement total qu’on appelle aujourd’hui matrescence – ce moment où ton identité de femme glisse lentement (ou pas) vers celle de mère.
Dans cet épisode de GAP de parents, j’ai eu le plaisir d’accueillir France Vandenberghe, sage-femme libérale, maman de deux ados, et femme engagée dans l’accompagnement des familles. Avec son authenticité, France nous livre son vécu de mère, de maman solo, et de pro de la maternité. Elle nous parle sans filtre de ses joies, de ses doutes, de ses galères… mais surtout de ce fameux écart – ce “gap” – entre tout ce qu’on s’imaginait et la réalité du terrain.
Tu es future maman, jeune parent, ou même en train de préparer ton retour au boulot post-congé mat ? Tu vas te reconnaître, c’est sûr. Car ce témoignage, c’est un peu le tien aussi.
Comprendre la matrescence : ce bouleversement invisible
La matrescence, c’est ce mot encore trop peu connu pour décrire un phénomène pourtant universel : le passage de femme à mère. Et attention, ce n’est pas un petit virage doux. C’est plutôt un virage à 180°. France en parle avec justesse, en mêlant son vécu personnel à son regard de professionnelle.
« Je pense que c’est vraiment un changement, et je m’étais accordé le fait d’être en pause pour moi parce que je devais me prendre ce temps pour explorer un petit peu tout ça. »
C’est ça, la matrescence : un réajustement permanent, une mue intérieure qui demande qu’on se pose, qu’on digère, qu’on accepte de n’être plus tout à fait la même.
Devenir mère, un changement identitaire profond
Quand on devient mère, ce n’est pas qu’un changement de statut civil. C’est un séisme intime. Une nouvelle identité se construit, parfois en douceur, souvent dans la douleur. France, qui est sage-femme expérimentée, ne fait pas exception.
« Je voudrais rassurer tout le monde, on se le prend le bus, hein. Peu importe qu’on soit professionnel ou pas. »
Même quand on connaît « la théorie », même quand on accompagne d’autres femmes chaque jour, rien ne prépare totalement à ce qui se passe quand toi, tu deviens mère. Tu n’es plus tout à fait la femme d’avant, pas encore la mère que tu rêves d’être. Tu es entre deux mondes, et c’est normal.
Faire le deuil de sa vie d’avant : un passage obligé
On n’en parle pas assez, mais la parentalité, c’est aussi une série de petits deuils. Deuil de la liberté, du corps d’avant, des projets qu’on repousse (ou qu’on abandonne carrément). France le dit sans détour :
« Il y a beaucoup de petits deuils à faire. C’est quelque chose que je travaille beaucoup en coaching avec les mamans que j’accompagne. »
Ces renoncements ne veulent pas dire qu’on est malheureuse. Mais ils marquent un tournant. Et ce tournant, il est souvent difficile à verbaliser. Alors on culpabilise, on se compare, on se tait. Mais non, c’est juste… humain.
« J’ai parfois dû faire un peu des deuils de certains projets, et je pense que la vie nous amène là où on doit être. »
Maman solo et solitude maternelle : briser le tabou
Être mère, c’est déjà un sacré défi. Mais être maman solo, c’est un autre niveau de complexité. France en parle avec une honnêteté touchante, elle qui a élevé ses enfants seule depuis plusieurs années. Et ce qui revient comme un boomerang dans ses mots, c’est cette solitude sourde, parfois invisible aux yeux du monde, mais bien réelle au quotidien.
« Je suis devenue maman solo quand mes enfants étaient plus âgés […] mais quand j’accompagne des mamans solo dès la naissance… my god, qu’est-ce que c’est un challenge. »
C’est ça le vrai visage de la parentalité solo : une force immense, mais aussi une charge mentale et émotionnelle qu’on ne mesure pas toujours de l’extérieur.
Quand on devient mère sans filet : la réalité des mamans solos
Pas de relais. Pas de pause. Pas de “je prends une douche pendant que quelqu’un d’autre gère”. France décrit cette absence de filet de sécurité, ce quotidien où l’organisation devient un art de survie.
« Je suis en couple, mais comme on ne vit pas ensemble et qu’on ne partage pas la charge au quotidien, je me considère maman solo. »
Et ce n’est pas une plainte, c’est un constat. Parce que derrière chaque “maman solo” se cache une équation logistique, émotionnelle, professionnelle… à mille inconnues. Et pourtant, elles tiennent. Même si ça passe par pleurer en voiture ou se sentir noyée par moments. Même si ça ne se voit pas.
Où est passé le village pour élever un enfant ?
Tu connais sûrement cette phrase : “Il faut tout un village pour élever un enfant”. Oui, sauf que ce fameux village… il s’est fait la malle. France, qui accompagne les familles depuis 17 ans, le voit tous les jours.
« Moi, je la ressens encore aujourd’hui, cette solitude, dans énormément de familles. Peu importe qu’elles soient rurales, urbaines, monoparentales ou pas. »
La solitude maternelle touche toutes les strates sociales. Ce n’est pas une question de statut, c’est une question de lien. Et souvent, d’absence de lien. Même avec une famille proche. Même avec des amis.
« J’ai vécu les six premiers mois de ma maternité en ville, et après je suis partie à la campagne. Je me suis pris une solitude énorme dans le visage. »
Ce n’est pas juste un “manque de contacts”. C’est un vide. Un vide qu’on peut combler, petit à petit, en osant demander, en osant dire “j’en peux plus”, en créant (ou recréant) son village, à sa façon.
Le rôle clé de la sage-femme au-delà de la naissance
Quand on pense sage-femme, on imagine souvent l’accouchement, la salle de naissance, les poussées et les premiers cris. Mais en réalité, leur rôle va bien au-delà. Et France, qui est passée de l’hôpital au libéral, le rappelle avec conviction : les sages-femmes peuvent accompagner les familles bien après la maternité.
Alors si tu pensais que la sage-femme, c’était juste pour “les trois visites après la sortie de la maternité”, détrompe-toi. Elle peut être là pour t’écouter, te soutenir, t’accompagner à chaque grande étape de ton post-partum.
Accompagnement post-natal : ce que les parents ignorent encore trop souvent
Combien de parents passent à côté d’un accompagnement qui pourrait tout changer… juste parce qu’ils ne savent pas que c’est possible ? France insiste : non, les visites ne s’arrêtent pas au 15e jour. Et oui, on peut demander de l’aide des mois après la naissance.
« Grâce aux parents qui m’ont permis d’évoluer, j’accompagne aussi aux moments de retour au travail, de début de crèche, de diversification… Souvent 6, 7 mois après. »
Parce que ce sont justement des périodes où tu es en plein dans le tunnel, où tu ne sais plus très bien qui tu es, ni si tu gères encore. Avoir une sage-femme à ses côtés à ce moment-là ? C’est souvent le souffle qu’il te manquait.
Sage-femme libérale : un lien précieux dans la durée
La différence quand tu passes en libéral ? Tu es dans la vraie vie des familles. Tu entres dans leurs maisons, tu entends leurs doutes, tu vois leurs réalités. Et ça change tout. France le vit au quotidien :
« En étant libérale, je suis devenue encore plus humble. On va chez les gens, on est dans leur vraie vie, on prend le temps, on crée des liens. »
Ce lien, ce n’est pas juste une consultation médicale. C’est une présence, un repère, une personne ressource. Et parfois, c’est la seule qu’on ose appeler quand ça ne va pas.
« Je suis dans mon voisinage, je peux recroiser les familles au magasin le dimanche matin… Et c’est ça que j’apprécie. »
Oui, le rôle de la sage-femme a évolué. Et heureusement. Aujourd’hui, elle est bien plus qu’une pro de la naissance : elle est un pilier pour de nombreux parents en construction.
Trouver son équilibre pro/perso après bébé
Ah… l’équilibre. Ce grand mot qui fait rêver, et culpabiliser en même temps. Quand tu reviens du congé mat’ ou que tu gères ta reprise en étant encore au milieu de couches, de nuits hachées et d’un cerveau en bouillie, ça peut ressembler à une mission impossible. France, elle, jongle avec ses casquettes de maman solo, de sage-femme, de femme engagée… et elle en parle avec beaucoup d’humilité.
Reprendre le travail sans s’oublier : mission possible ?
Le retour au boulot après un bébé, c’est un peu comme débarquer dans une réunion avec un peu de compote sur l’épaule et trois heures de sommeil en stock. France, elle connaît bien cette transition. Et elle sait à quel point elle peut être violente, surtout quand on n’a aucun espace pour déposer ce qu’on vit.
« Je me suis sentie tellement seule et acculée par ce rythme de vie… et pas avoir d’espace pour partager, pour juste dire que ça va pas. »
Le plus dur, ce n’est pas forcément le travail lui-même. C’est tout ce qu’il faut réorganiser autour. La logistique, la crèche, les horaires, la culpabilité (oh, bonjour, vieille copine). Et surtout, ce petit truc qu’on oublie tout le temps : soi-même.
Quand la charge mentale devient un sport de haut niveau
Coordonner les devoirs, les activités, les repas, les rendez-vous médicaux, la logistique du quotidien, la compta (si tu es indépendante)… et penser aux cadeaux de fête des mères pour l’école. Oui, la charge mentale est réelle. Et France en parle avec lucidité :
« Moi, ma stabilité, c’est d’avoir mes repères. Mes enfants, mon travail, ma maison. Mais je n’ai plus l’énergie ni le temps d’entretenir des liens qui ne sont pas nourrissants. »
Ce n’est pas juste une organisation, c’est une forme de survie émotionnelle. Choisir ses priorités. Dire non. Accepter de faire simple. Et se rappeler, comme le dit si bien France :
« On ne revit pas deux fois une journée de mère. […] Il y a une notion de temporalité vraiment importante à comprendre. »
Alors oui, l’équilibre est fragile. Mais il se construit à petits pas, avec de la clarté sur ce qui compte vraiment.
Conclusion : Tu fais déjà du mieux que tu peux (et c’est énorme)
Ce témoignage de France, c’est une bouffée d’authenticité dans un monde où on nous vend des parentalités Instagramables, où on culpabilise de ne pas “kiffer chaque moment”.
France nous rappelle que la matrescence, c’est un tremblement de terre. Que la solitude des mères est réelle, même quand elle ne se voit pas. Que les sages-femmes sont des alliées précieuses, bien après la naissance. Et que trouver son équilibre pro/perso, ce n’est pas un objectif Pinterest : c’est une danse du quotidien, parfois maladroite, toujours imparfaite.
Alors si tu devais retenir une seule chose de cet échange ? Tu fais de ton mieux. Même quand tu doutes. Même quand tu pleures en voiture. Même quand tu n’as plus l’énergie de finir la vaisselle ou de répondre à ce message.
Merci France. Et merci à toi, qui lis ces lignes, de continuer à chercher du sens dans ta parentalité.
Pour aller plus loin et découvrir l’intégralité de notre conversation, écoute l’épisode complet du podcast GAP de Parents. Une bonne dose de vérité, d’humanité… et de sororité.
Abonne-toi au podcast pour ne rater aucun épisode et continuer à découvrir des témoignages sincères, des conseils réalistes et des ressources pour avancer sereinement dans ta vie de parent.
Et si tu ressens le besoin d’être accompagnée dans cette période de transition, sache que je propose :
🌟 Coaching individuel pour le retour du congé maternité/parental.
🌟 Ateliers destinés aux collaborateurs parents.
🌟 Conférences de sensibilisation sur la place de la parentalité en entreprise.
🌟 Ateliers dédiés au management de proximité.
N’hésite pas à me contacter pour en savoir plus !

Leave A Comment